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18 Apr

L’enquête progresse en Ouganda après l’assassinat de Joan Kagezi

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #OUGANDA

Le 7 avril, la police ougandaise a arrêté 8 personnes au total, suspectées d’avoir participé à l’assassinat de la procureure Joan Kagenzi, le 30 mars dernier.
Le 7 avril, la police ougandaise a arrêté 8 personnes au total, suspectées d’avoir participé à l’assassinat de la procureure Joan Kagenzi, le 30 mars dernier.

Eléments d’enquête, dans Appels sur l’actualité, sur le meurtre de Joan Kagezi, en charge du procès des auteurs des attentats de Kampala en 2010. Le 7 avril, les enquêteurs ont arrêté 8 personnes, dont Jamal Kiyemba, un ex-détenu de Guantanamo considéré comme « un gros poisson ». La procureure rentrait chez elle ce 31 mars, vers 19 heures, quand elle a été abattue par deux hommes à moto. Ou plutôt par l’un d’eux, en mototaxi, qui a fait feu sur elle : Joan Kagezi est décédée lors de son transfert à l'hôpital.

Pourquoi la procureure chargée de mener l’enquête sur les attentats de Kampala circulait-elle seule, alors que des menaces pesaient sur elle ?
Ce qu'il faut d'abord savoir, c'est que le procès des islamistes inculpés dans les attentats de 2010 s’était ouvert le 17 mars à Kampala et devait reprendre le 31 du même mois. Les treize hommes accusés – 7 Kényans, 5 Ougandais et 1 Tanzanien – devaient passer à la barre. Mais la veille, en début de soirée, Joan Kagezi est attaquée alors qu'elle rentre chez elle avec ses trois enfants dans la banlieue de la capitale ougandaise. Des hommes armés à moto ouvrent le feu sur sa voiture alors que la procureure ralentit pour franchir des dos-d'âne. Les balles l'atteignent et elle meurt sur le coup.

Les renseignements américains n’avaient-ils pas récemment mis en garde l’Ouganda contre des attaques islamistes ?
En effet, quelques jours auparavant, des mesures de sécurité renforcées avaient été prises par les autorités ougandaises suite à une mise en garde des États-Unis contre un risque imminent d'attaque des islamistes somaliens dans la capitale. Et bien évidemment, dans ce pays dirigé depuis 1986 par le président Yoweri Museveni, l'un des hommes forts de la région, les forces de sécurité ont redoublé de vigilance. Mais la procureure, numéro 2 du Parquet, – qui dirigeait les poursuites dans le dossier sensible de ce double attentat du 11 juillet 2010 à Kampala qui avait fait 76 morts –, cette femme ne bénéficiait pas d'une protection rapprochée, comme on peut peut-être le voir en Italie pour des juges chargés de dossiers sensibles comme ceux de la mafia.

Quelles sont les pistes privilégiées par les enquêteurs ? A-t-on arrêté des gens ?
Avec le soutien des Etats-Unis, le pays a procédé à plusieurs arrestations : 8 au total, dont celle de Jamal Kiyemba, un ex-détenu de Guantanamo arrêté au Pakistan en 2002 avant qu'il ne soit remis en liberté en 2006. Il est considéré comme « un gros poisson ». Dans les années 1980, cet homme rejoint le reste de sa famille à Londres et se convertit à l'islam. Après les attentats du 11-Septembre aux États-Unis, Kiyemba se rend au Pakistan puis rejoint les talibans. Mais en 2001, il est arrêté par les autorités pakistanaises qui le remettent aux Etats-Unis. Kiyemba est alors emprisonné à Guantanamo Bay où il restera quatre ans, avant d’être finalement libéré en 2006. Le porte-parole du département d’Etat américain précisera que l’ancien détenu de la prison de Guantanamo, « libéré sans être inculpé, avait alors été envoyé en Ouganda ». Tous ces suspects auraient agi – c'est la piste privilégiée par les enquêteurs – pour empêcher le bon déroulement du procès de toutes ces personnes poursuivies pour les attentats du 11 juillet 2010 à Kampala.

Où en est l’enquête concernant ces attentats de Kampala ? Comment va-t-elle évoluer après l’assassinat de la procureure ?
L'enquête est bouclée mais, pour l'heure, le procès est reporté sine die, ce qui est une petite victoire pour les shebabs. Mais elle devrait reprendre dans les tout prochains jours, ne serait-ce que pour honorer la mémoire de Joan Kagezi... Et bien sûr des victimes. Souvenez-vous, le 11 juillet 2010, deux attentats visent Kampala, l’un dans un restaurant éthiopien et l’autre dans le bar d’un club de rugby. Des attaques perpétrées par deux kamikazes qui déclenchent leur ceinture d’explosif alors que les deux établissements retransmettaient la finale de la Coupe du monde de football. Le double attentat fait 76 morts et plus de 80 blessés. C’était alors la première action d'envergure des shebabs, qui ont depuis fait allégeance à al-Qaïda, hors des frontières somaliennes. Ils ont depuis récidivé plusieurs fois, essentiellement au Kenya voisin, où ils ont revendiqué la spectaculaire tuerie au centre commercial Westgate en septembre 2013 qui avait fait, elle aussi, au moins 67 morts.

AFP

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