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22 May

Ethiopie: Hailemariam Desalegn, technocrate adoubé par Meles, en route pour un deuxième mandat

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #ETHIOPIE

Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn.
Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn.

Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, qui devrait sans grande surprise se voir reconduit à la tête du pays à l'issue des élections générales dimanche, a su se mettre dans les pas de son défunt prédécesseur Meles Zenawi, faisant preuve d'un sens du compromis.

Costumes sobres, lunettes fines et moustache, cet homme de 49 ans au physique solide, ingénieur de formation, est un technocrate au parcours politique atypique dans son pays, qui est monté sans éclat, très rapidement et sans accroc au sommet de l'opaque pouvoir éthiopien.

Meles Zenawi, décédé en 2012, qui a dirigé l'Ethiopie pendant 21 ans après avoir renversé Mengistu Hailé Mariam, avait adoubé dès 2010 celui qui avait été son conseiller puis ministre depuis cinq ans, en le promouvant vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

Hailemariam incarne une nouvelle génération à la tête du pays, à l'opposé de la vieille garde originaire du Tigré (nord) et formée dans la guérilla contre Mengistu, et qui a soulevé des spéculations sur son degré d’autorité au sein du pouvoir.

"Certains signes tendent à montrer que son emprise sur les forces de sécurité est faible. Il a compris qu’il est l’homme du consensus entre différentes tendances et il continue en roue libre sur la ligne tracée par Meles", analyse un bon connaisseur du pouvoir éthiopien.

Depuis son arrivée, Hailemariam a nommé trois vice-Premier ministre et mis en place un système de gouvernement collégial, rompant avec le fonctionnement autocratique de son prédécesseur. "Le style est différent de celui d’un Meles qui prenait toutes les décisions. Hailemariam est un dirigeant plus moderne", note un diplomate occidental.

Son ascension a marqué une volonté de compromis de la coalition EPRDF. Hailemariam Desalegn n'a jamais participé à la lutte armée qui a permis à Meles de renverser en 1991 Mengistu - il finissait alors à l'université finlandaise de Tampere des études d'ingénieur hydraulique entamées à Addis Abeba.

Hailemariam se distingue également par son appartenance à une communauté très minoritaire, les Wolayta du sud de l'Ethiopie, installés dans la région dite des Nations, nationalités et peuples du Sud, une des neuf entités régionales, qu'il a dirigée pendant cinq ans.

Une région à l'exact opposé géographique de celle du Tigré, tout au nord, dont était originaire Meles et ses camarades du tout-puissant Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui forme aujourd'hui encore l'ossature de la coalition EPRDF.

Hailemariam est par ailleurs protestant, alors que les chrétiens, majoritaires en Ethiopie, sont surtout orthodoxes.

- Un Medvedev éthiopien -

"Les Tigréens ne pouvaient pas remettre en avant un autre Tigréen. Les autres ethnies ne l’auraient pas accepté. Hailemariam représentait la solution la plus acceptable pour la transition", résume un autre diplomate.

"Les origines ethniques (de Hailemariam) peuvent être considérées comme un avantage, parce que son groupe est minoritaire dans une région pluri-ethnique et, de façon encore plus importante, parce qu'il n'est pas issu des Oromo ou des Amhara", les principales communautés du pays, avait de noté le centre de réflexion International crisis group (ICG) dans un rapport.

"C'est le Medvedev d'un groupe de Poutine très occupés à résoudre leurs différends internes au sein du parti au pouvoir", avait, avant sa désignation, avancé l'opposant en exil et ancien maire d'Addis Abeba Berhanu Nega, en référence à l'actuel Premier ministre russe, poussé à la présidence de 2008 à 2012 tandis que M. Poutine gardait l'essentiel du pouvoir.

En trois ans de pouvoir, Hailemariam s’est placé dans la droite ligne de Meles en poursuivant la politique de grands travaux et de développement des infrastructures. Le grand barrage de la Renaissance sur le Nil et le tramway d’Addis Abeba qui seront inaugurés cette année figurent parmi les projets les plus emblématiques. Une ligne de chemin de fer avec Djibouti doit également entrer en service en octobre.

Considéré comme davantage tourné vers l’extérieur que son prédécesseur et favorable au développement du secteur privé, Hailemariam n’a en revanche pas réellement tenu ses promesses d’ouverture démocratique. L'opposition dénonce des élections verrouillées et le harcèlement des autorités. L'emprisonnement de plusieurs journalistes et de six blogueurs au motif de la loi anti-terrorisme a jeté un froid avec la communauté internationale.

Père de trois enfants, issu d'une fratrie de 11 enfants et marié à l'économiste Roman Tesfaye, M. Hailemariam a en tout cas effectué un sans-faute dans son accession au pouvoir.

Dimanche, Hailemariam Desalegn, qui confiait en décembre dernier que l'aspect le plus difficile de son poste était de faire face à l’extrême pauvreté, devrait se voir donner cinq années supplémentaires pour poursuivre le développement, avec l'objectif d’en faire un pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2025.

(AFP)

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