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22 May

L'Ethiopie aux urnes dimanche, pour des élections générales verrouillées

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #ETHIOPIE

VOTE ETHIOPIE
VOTE ETHIOPIE

L’Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, se rend aux urnes dimanche pour des élections générales dont la seule inconnue est l'ampleur de la victoire de la coalition au pouvoir depuis 1991.

Le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF) domine sans partage depuis un quart de siècle le pays et ses 94 millions d’habitants, malgré les appels de la communauté internationale à davantage d’ouverture politique.

Ces élections pour lesquelles 36,8 millions d'Ethiopiens enregistrés sont appelés à choisir les 547 députés de la Chambre des Représentants du Peuple, ainsi que les assemblées régionales, sont les premières depuis la mort de l'homme fort du pays Meles Zenawi.

Décédé de maladie en 2012 après plus 20 ans à la tête du pays, Meles avait été crédité de la reconstruction économique du pays après les années noires de la famine -- l’Ethiopie a affiché une croissance économique de plus de 10% par an sur les cinq dernières années, selon la Banque mondiale.

Son successeur, Hailemariam Desalegn, inconnu du grand public mais adoubé par Meles lui-même, a poursuivi sa politique de grands travaux et promis de donner davantage d’espace à l’opposition.

"C’est une question existentielle. Si nous ne devenons pas une démocratie multipartite, ce pays finira comme la Somalie", avait déclaré le Premier Ministre devant la presse en décembre. Comme la Somalie voisine, minée par des divisions claniques et en état de guerre civile depuis plus de 20 ans, l'Ethiopie est peuplée de dizaines d'ethnies que le pouvoir -dominé par la minorité tigréenne- est jusqu'ici parvenu à maintenir sous contrôle, au prix d'une répression parfois féroce.

Malgré ces promesses d’ouverture, les partis d'opposition accusent l’EPRDF d’user de tactiques autoritaires pour museler la campagne électorale et conserver sa position dominante.

"L’espace politique s’est restreint. Le gouvernement a mis en place des lois répressives dirigées contre la société civile et la presse. Beaucoup de journalistes et d’activistes ont été envoyés en prison ou forcés de quitter le pays", déplore Yilekal Getinet, le président de Semayawi (Blue Party), l’un des principaux partis d'opposition qui demande un desserrement de l’étau du gouvernement sur la vie politique et économique.

- Militants harcelés -

En 2005, l’opposition avait remporté 172 des 547 sièges du parlement au terme d’une campagne électorale considérée comme la plus libre de l'histoire du pays. Des violences post-électorales qui avaient fait au moins 200 morts avaient conduit à une reprise en main du pouvoir et au vote d’une loi anti-terrorisme, régulièrement invoquée pour réduire les critiques au silence.

Lors des élections suivantes, en 2010, l’EPRDF et ses alliés avaient remporté 99,6 % des 547 sièges dans le parlement. Le seul député d’opposition, Girma Seifu, du parti l’Unité pour la démocratie et la justice (UDJ) a choisi cette fois de ne pas se représenter.

L’Ethiopie, pôle de stabilité régional, est considérée par les Occidentaux, Etats-Unis en tête, comme un allié clé dans la lutte contre l'extrémisme islamiste dans la Corne de l'Afrique. Addis Abeba entretient un contingent de plus de 4.000 soldats au sein de la force de l’Union africaine en Somalie, l’Amisom.

A quelques jours du scrutin, hormis quelques affiches sur les murs, la présence de l’opposition est à peine visible dans les rues d’Addis Abeba. Le scrutin peine à mobiliser une population convaincue que l'élection est joué d’avance.

"Nos militants sont arrêtés et harcelés par les membres de l’EPRDF et par la police. A chaque fois que nous avons demandé à la municipalité l'autorisation d’organiser des manifestations ou des meetings, cela nous a été refusé", assure Solomon Tessama, un jeune militant du Semayawi.

Des plaintes jugées "sans fondement" par la Commission électorale (NEBE) chargée de veiller au bon déroulement du scrutin.

"La situation est meilleure que les années précédentes. Le climat favorable créée pour les partis politiques cette année est exceptionnel", assure Merga Bekana, président de la Commission.

Les candidats des quelque 58 partis en lice pour ces élections ont toutefois dû passer par un système de tirage au sort, organisé par la NEBE pour limiter à 12 le nombre de candidats par circonscription.

Les analystes estiment que ce système a servi à éliminer les candidats les plus gênants. Semayawi comptait par exemple présenter 456 candidats, mais seuls 139 ont été autorisés.

La Commission électorale déploiera quelque 40.000 observateurs dans les 45.795 bureaux du pays le jour du scrutin. Les observateurs internationaux de l’Union européenne et du Centre Carter, présents en 2005 et 2010, n’ont pas été invités. Seule l’Union africaine déploiera 59 observateurs et remettra un rapport le 26 mai.

(AFP)

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