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21 Jun

Les Vengeurs du delta du Niger: un nouveau nom pour une problématique ancienne

Publié par SAIDICUS LEBERGER  - Catégories :  #NIGERIA

Un rebelle du delta du Niger.
Un rebelle du delta du Niger.

Méthodes choc, nouvelle identité, présence sur les réseaux sociaux : les Vengeurs du delta du Niger (NDA) ont gagné une forte notoriété après une série d'attaques dans le sud pétrolier du Nigeria, mais sont en réalité les mêmes rebelles qu'il y a dix ans.

En 2009, au terme de plusieurs années de violences, le gouvernement nigérian a négocié un programme d'amnistie avec les rebelles du delta du Niger.

Des milliers d'entre eux ont empoché un revenu mensuel de 65.000 nairas (environ 325 euros à l'époque) et entrepris des formations de plongeurs, de soudeurs, de constructeurs de bateaux.

Mais six ans plus tard, quand le président Muhammadu Buhari, fraîchement élu, a annoncé son intention de mettre fin à ce programme d'ici 2018, "ça a rendu tout le monde furieux. Ca a poussé les gars à se réunir pour préparer la suite", explique Silva Ofugara, le dirigeant d'un district de Warri (sud).

"La seule façon qu'ils ont de survivre est d'appuyer sur la gâchette" explique Uche Ifukor, chef de projet pour l'ONG AA PeaceWorks. "Ces jeunes n'ont jamais trouvé de travail à Warri, qui abrite pourtant les plus grands champs pétroliers d'Afrique", poursuit-il.

Aujourd'hui, chaque ancien chef rebelle -- qui se dit "général" -- a toujours une légion d'hommes sous ses ordres, selon M. Ikufor. Et ces "parrains" de la mafia du pétrole font la loi dans les criques de cette région marécageuse, amnistie ou non.

Ces hommes sont "de vraies bombes à retardement", ajoute M. Ikufor, "ils étaient à l'affut du moindre faux pas".

Il n'a pas fallu longtemps aux rebelles pour reprendre leurs vieilles habitudes.

Plusieurs groupes rebelles sont subitement apparus, dont les "Vengeurs", les plus actifs et les plus connus. Ils ont revendiqué l'explosion d'installations gérées par la compagnie pétrolière nationale NNPC et les géants étrangers Eni, Shell et Chevron, dans les Etats de Delta et de Bayelsa.

Pour l'instant, les NDA ne s'en prennent qu'au matériel.

La recrudescence des attaques contre les installations pétrolières a déjà fait chuter la production de brut à 1,6 million de barils par jour, bien en deçà des 2,2 millions prévus dans le budget 2016. Des recettes dont le pays, au bord de la récession, a pourtant grandement besoin.

- Le retour de l'anarchie -

L'armée nigériane a riposté en occupant plusieurs villages côtiers, à la recherche de "vengeurs" et de l'ex-chef rebelle Government Ekpemupolo, connu de tous sous le nom de "Tompolo", un entrepreneur prospère de la période post-amnistie poursuivi pour blanchiment d'argent.

Résultat, c'est le retour de l'anarchie dans le delta du Niger. Les rebelles et les soldats s'affrontent dans les criques, faisant des victimes parmi les civils Ijaw --l'ethnie majoritaire dans la région-- touchés par les balles perdues.

Okerenkoko et Kuritie se trouvent en plein royaume Gbaramatu, une région qui court du terminal pétrolier Escravos, sur la côte Atlantique, à Warri. Ces villages ont été désertés, leurs habitants craignant une réplique des bombardements aériens de 2009.

"La vie est brutale dans le royaume de Gbaramatu. Et elle est courte. Je viens d'enterrer ma soeur hier", raconte le chef Godspower Gbenekama à l'AFP.

Floral Joel était vendeuse sur un bateau. Le 1er juin, les soldats ont ouvert le feu, à la poursuite de rebelles. Ils ont tué cette mère de cinq enfants, âgée de 42 ans, d'une balle dans le coeur, relate M. Gbenekama.

"Ma soeur a payé le prix fort (...) Comme chaque Ijaw est considéré comme un 'vengeur', nous sommes désormais une espèce en voie de disparition".

Les "vengeurs" sont loin de faire l'unanimité au Nigeria.

Un éditorialiste les a même dépeints comme des "hyènes déchaînées", muselées grâce au programme d'amnistie et aux juteux contrats de sécurité signés avec l'ancien président Goodluck Jonathan.

Mais s'il ne parvient pas à ramener la paix dans le delta du Niger, d'où provient la quasi-totalité du pétrole nigérian --70% des revenus de l'Etat-- le président va avoir du mal à faire repartir l'économie, déjà au bord de la récession.

"Dans le meilleurs des cas, les 'vengeurs' acceptent de négocier avec le gouvernement et une forme de compromis est trouvée, où le gouvernement paie pour éviter d'autres attaques", explique Rhidoy Rashid, de la société Energy Aspects, basée à Londres.

"Dans le pire des cas, les attaques vont continuer, et devenir violentes", a-t-il poursuivi, parce que "ce ne sont pas juste des villageois frustrés, et puis ils ont accès à des armes sophistiquées et à des financements".

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